Qu'est-ce que l'anxiété mathématique ?
Mark Ashcraft la définit comme une sensation de tension, d’appréhension ou de peur qui gêne la performance en maths[4]. Ce n’est pas un manque de niveau. Un enfant anxieux peut connaître la réponse et ne pas réussir à la sortir sous pression. Chez l’adulte, Ashcraft a montré que l’anxiété ne touche pas les calculs simples de type addition à un chiffre. Elle frappe les opérations qui demandent de tenir plusieurs étapes en tête, comme les fractions, les pourcentages ou les équations à inconnue[4]. L’inquiétude occupe la mémoire de travail, celle qui sert à faire les calculs. Moins de place pour calculer, plus d’erreurs.
Dès quel âge un enfant peut-il être anxieux en maths ?
Gerardo Ramirez et ses collègues ont mesuré l’anxiété mathématique chez 154 enfants de CP et de CE1 avec une échelle conçue pour cet âge[1]. Le lien entre anxiété et résultat n’apparaissait pas chez tous les enfants de la même façon. Il touchait surtout ceux qui avaient une bonne mémoire de travail[1]. Ce résultat est contre-intuitif. Les enfants les plus capables sur le plan cognitif sont aussi ceux qui ont le plus à perdre, parce qu’ils s’appuient sur des stratégies de calcul plus coûteuses en attention, justement celles que l’anxiété vient perturber[1].
L'anxiété de l'adulte se transmet-elle à l'enfant ?
Deux mécanismes distincts ont été étudiés.
Le premier concerne l’enseignante. Sian Beilock et ses collègues ont suivi dix-sept enseignantes de CP et CE1 et leurs élèves pendant une année scolaire[3]. En début d’année, l’anxiété de l’enseignante n’était liée à rien[3]. En fin d’année, plus l’enseignante était anxieuse, plus les filles de sa classe avaient de mauvais résultats, sans effet sur les garçons[3]. Les auteurs expliquent cet écart par les stéréotypes de genre que les filles absorbent au contact d’une enseignante anxieuse, dans un primaire américain enseigné presque uniquement par des femmes[3].
Le second concerne le parent. Erin Maloney et ses collègues ont suivi plusieurs centaines de familles d’enfants de CP et CE1 sur une année[2]. Les enfants de parents anxieux en maths apprenaient moins et devenaient plus anxieux au fil de l’année, mais seulement quand ces parents aidaient souvent aux devoirs de maths[2]. Quand l’aide aux devoirs était rare, le lien entre anxiété du parent et résultat de l’enfant disparaissait[2]. L’anxiété du parent ne prédisait pas les résultats de l’enfant en lecture[2]. Le lien porte donc sur les maths, pas sur l’école en général.
Ces deux études sont corrélationnelles sur ce point précis : elles montrent un lien statistique entre l’anxiété de l’adulte et le résultat de l’enfant, pas une preuve qu’un adulte anxieux cause toujours un enfant en difficulté.
Est-ce que ça touche vraiment les résultats, ou juste le ressenti ?
Une méta-analyse regroupant 747 résultats issus de recherches menées entre 1992 et 2018 trouve une corrélation négative et statistiquement significative de -0,28 entre anxiété mathématique et performance[5]. Le lien existe dès l’enfance et reste présent à l’âge adulte, mais il est plus faible entre le CE2 et le CM2 qu’aux autres âges[5]. Cette corrélation de -0,28 est réelle mais modeste : l’anxiété explique une part du résultat, pas sa totalité[5].
Qu'en dit l'enquête PISA pour les élèves français ?
L’enquête PISA de l’OCDE, menée en 2022 et dont les résultats pour la France sont publiés par la DEPP du ministère de l’Éducation nationale, interroge aussi les élèves sur leur anxiété en maths[6]. En 2022, 64,2 % des élèves français de 15 ans sont d’accord avec l’affirmation « J’ai peur d’avoir de mauvaises notes en mathématiques », contre 73 % en 2012[6]. La France, qui affichait l’une des anxiétés les plus fortes de l’OCDE en 2003 et 2012, se situe désormais dans la moyenne des pays de l’OCDE sur cet indicateur[6]. L’écart entre filles et garçons reste l’un des plus marqués de l’OCDE : 71,9 % des filles déclarent cette peur contre 55,6 % des garçons[6].
Ce que ça change à la maison
Une piste vient directement des études. Chez les parents anxieux en maths, c’est l’aide fréquente aux devoirs qui allait avec moins de progrès, pas l’aide rare[2]. Préparer la leçon avant de la faire avec l’enfant est notre réponse à ce constat. Aucune étude ne l’a testée.
Sorotama apprend le soroban, le boulier japonais, à un enfant à partir de cinq ou six ans et à son parent, à deux, dix minutes par jour, guidés par Tama. Le parent fait chaque leçon seul la veille, en trois essais courts, avant de la faire avec l’enfant. Aucune de ces études n’a testé Sorotama. Le parcours ouvre bientôt. Laissez votre adresse ci-dessous pour être prévenu.
Les limites de ces études
Les échantillons sont américains, souvent urbains et de taille réduite ou moyenne selon l’étude[1][2][3]. Rien ne prouve que les mêmes effets se reproduisent à l’identique en France, avec une autre langue d’enseignement et un autre système scolaire. Les liens parent-enfant et enseignant-enfant sont corrélationnels : ils ne prouvent pas qu’une anxiété transmise à un enfant donné provient uniquement de l’adulte observé, d’autres facteurs familiaux ou scolaires peuvent jouer. La méta-analyse de Barroso et coll. agrège des mesures très différentes d’un pays à l’autre et d’une tranche d’âge à l’autre, ce qui explique la variabilité de force du lien selon le niveau scolaire[5]. Enfin, aucune de ces études ne porte sur le soroban ou sur une méthode en particulier pour réduire l’anxiété mathématique chez l’enfant.
À lire aussi
Les études citées
- Ramirez, Gunderson, Levine et Beilock, parue en 2013 dans Journal of Cognition and Development[1]. Première mesure de l’anxiété mathématique chez des enfants de CP et CE1, avec un lien négatif chez les enfants à bonne mémoire de travail[1]. Limite : échantillon américain de taille modeste.
- Maloney, Ramirez, Gunderson, Levine et Beilock, parue en 2015 dans Psychological Science[2]. Anxiété des parents liée à moins de progrès en maths chez l’enfant, mais seulement en cas d’aide fréquente aux devoirs. Limite : étude corrélationnelle, l’aide aux devoirs est déclarée par les parents eux-mêmes.
- Beilock, Gunderson, Ramirez et Levine, parue en 2010 dans PNAS[3]. Anxiété des enseignantes de CP-CE1 liée à de moins bons résultats chez les filles de leur classe, pas chez les garçons[3]. Limite : un petit groupe d’enseignantes, toutes issues d’un même district urbain.
- Ashcraft, parue en 2002 dans Current Directions in Psychological Science[4]. Synthèse sur les mécanismes de l’anxiété mathématique chez l’adulte, centrée sur la mémoire de travail. Limite : synthèse, pas une étude originale sur les enfants.
- Barroso, Ganley, McGraw, Geer, Hart et Daucourt, parue en 2021 dans Psychological Bulletin[5]. Méta-analyse confirmant un lien négatif modéré entre anxiété et performance. Limite : les mesures regroupées varient fortement d’une étude à l’autre.
- DEPP, ministère de l’Éducation nationale, note publiée en 2023 à partir de l’enquête PISA de l’OCDE[6]. Chiffre officiel sur l’anxiété des élèves français de 15 ans[6]. Limite : mesure déclarative à 15 ans[6], pas chez les jeunes enfants visés par Sorotama.
Sources
- eric.ed.gov/?id=EJ1011797 : Ramirez, Gunderson, Levine & Beilock 2013, Journal of Cognition and Development
- sites.temple.edu/cognitionlearning/fil…l-in-press.pdf : Maloney, Ramirez, Gunderson, Levine & Beilock 2015, Psychological Science
- pnas.org/doi/10.1073/pnas.0910967107 : Beilock, Gunderson, Ramirez & Levine 2010, PNAS
- mccc.edu/~jenningh/Courses/documents/math_anxiety.pdf : Ashcraft 2002, Current Directions in Psychological Science
- pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8300863 : Barroso, Ganley, McGraw, Geer, Hart & Daucourt 2021, Psychological Bulletin
- education.gouv.fr/sites/default/files/…pdf-366816.pdf : DEPP, Note d'information n 23.48, PISA 2022