Vaut-il mieux étudier longtemps une fois, ou un peu plusieurs fois ?
Nicholas Cepeda et ses collègues ont réuni 839 résultats tirés de 317 expériences sur la mémorisation.[1] Ils ont comparé l’apprentissage massé, en une seule séance, à l’apprentissage espacé, en plusieurs séances séparées dans le temps.[1] Le résultat général favorise l’espacement. À quantité de temps d’étude égale, répartir ce temps sur plusieurs jours retient mieux l’information qu’une seule longue séance.[1]
Ce résultat vient d’expériences de laboratoire, souvent sur des listes de mots ou des associations simples, pas sur des enfants qui apprennent les mathématiques à l’école. L’effet est solide dans son domaine, mais sa généralisation à un jeune enfant qui apprend à compter demande une prudence que la méta-analyse elle-même ne couvre pas.
Se faire tester aide-t-il à apprendre, même sans note ?
Henry Roediger et Jeffrey Karpicke ont fait étudier des passages de texte à des étudiants, puis les ont répartis en deux groupes.[2] Un groupe relisait le texte plusieurs fois. L’autre groupe essayait de se souvenir du texte sans le relire, sans recevoir de correction. Quand le test final arrivait tout de suite après l’étude, relire plusieurs fois donnait de meilleurs résultats que se tester.[2] Mais quand le test final arrivait après un délai, deux jours ou une semaine, se tester avait donné une bien meilleure rétention que relire.[2] Cela restait vrai même si les étudiants qui avaient relu se sentaient plus confiants.[2] Ce résultat porte un nom, l’effet de test ou effet de récupération. Essayer de se souvenir, même en échouant un peu, renforce la mémoire plus que relire passivement.
Quelles techniques d'étude marchent vraiment ?
John Dunlosky et quatre coauteurs ont passé en revue dix techniques d’étude courantes, pour les classer selon la solidité des preuves qui les soutiennent.[3] Deux techniques sortent en tête. Les tests pratiques et la pratique espacée sont jugés très utiles, car ils profitent à des élèves d’âges et de niveaux différents, dans de nombreuses matières.[3] À l’inverse, des techniques très répandues comme surligner, relire ou utiliser des moyens mnémotechniques se sont révélées de faible utilité, avec des gains inconstants.[3] Cette revue s’appuie sur des recherches menées surtout avec des étudiants, du collège à l’université, pas sur de jeunes enfants.
Mélanger les exercices plutôt que les grouper par type, ça change quoi ?
Doug Rohrer et Kelli Taylor ont comparé deux façons d’organiser des exercices de maths.[4] Dans la première, les exercices d’un même type sont regroupés, comme dans la plupart des manuels. Dans la seconde, les exercices sont mélangés, un peu de chaque type dans chaque série. Après un délai d’une semaine, les étudiants qui avaient fait des exercices mélangés ont obtenu de bien meilleurs résultats que ceux qui avaient fait des exercices groupés par type.[4]
Doug Rohrer a ensuite testé cette idée en vraie classe, avec Robert Dedrick, Marissa Hartwig et Chi-Ngai Cheung.[5] Leur essai contrôlé a suivi 54 classes de septième année, l’équivalent de la cinquième française, pendant quatre mois.[5] Un mois après la fin de l’étude, le groupe qui avait fait des exercices mélangés a obtenu 61 % de bonnes réponses contre 38 % pour le groupe qui avait fait des exercices groupés par type.[5] Cette étude est la seule de la liste menée en classe, sur des exercices de maths. Elle porte cependant sur des enfants plus âgés que ceux visés par Sorotama.
Ce que ça change à la maison
Elles disent que répartir l’apprentissage sur plusieurs jours courts retient mieux l’information qu’une longue séance unique.[1] Elles disent aussi que s’entraîner à se souvenir fonctionne mieux que relire.[2][3] La limite honnête à garder en tête : la plupart de ces résultats viennent d’étudiants ou d’adultes, pas de jeunes enfants qui apprennent à compter. L’étude de Rohrer et ses collègues en classe de mathématiques est la plus proche d’un contexte scolaire concret, mais elle porte sur des enfants plus âgés qu’un enfant de maternelle.[5] Sorotama propose dix minutes par jour, à deux, avec Tama, plutôt qu’une longue séance ponctuelle. Ce choix s’appuie sur l’idée générale de la pratique espacée. Les épreuves de fin d’étape mêlent aussi additions et soustractions. Aucune de ces études n’a testé Sorotama. Le parcours ouvre bientôt. Laissez votre adresse ci-dessous pour être prévenu.
Les limites de ces études
Cepeda et ses collègues analysent des expériences de mémorisation en laboratoire, pas des cours de mathématiques ni des enfants jeunes.[1] Roediger et Karpicke travaillent avec des étudiants universitaires sur des textes de culture générale.[2] La revue de Dunlosky couvre surtout la littérature sur les étudiants, du collège à l’université.[3] Elle note explicitement que certains effets, comme celui de la pratique entremêlée, restent encore peu étudiés en contexte scolaire réel.[3] Rohrer et Taylor testent des étudiants adultes sur des exercices de géométrie.[4] Rohrer, Dedrick, Hartwig et Cheung sont les seuls à tester des enfants en vraie classe, mais ce sont des collégiens de 12-13 ans, pas des enfants de 5-6 ans.[5] Aucune de ces cinq études ne porte sur de jeunes enfants qui apprennent le soroban.
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Les études citées
- Cepeda, Pashler, Vul, Wixted et Rohrer, 2006.[1] « Distributed practice in verbal recall tasks », Psychological Bulletin. Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16719566/. Montre, sur 317 expériences,[1] que l’apprentissage réparti dans le temps retient mieux que l’apprentissage massé en une séance. Limite : expériences de mémorisation verbale, pas des contenus scolaires ni de jeunes enfants.
- Roediger et Karpicke, 2006.[2] « Test-enhanced learning », Psychological Science. Lien : https://learninglab.psych.purdue.edu/downloads/2006/2006_Roediger_Karpicke_PsychSci.pdf. Montre que se tester sur un texte retient mieux l’information à long terme que le relire, malgré une confiance plus faible au moment du test. Limite : étudiants universitaires, textes de culture générale.
- Dunlosky, Rawson, Marsh, Nathan et Willingham, 2013.[3] « Improving students’ learning with effective learning techniques », Psychological Science in the Public Interest. Lien : https://www.psychologicalscience.org/publications/journals/pspi/learning-techniques.html. Classe les tests pratiques et la pratique espacée comme les techniques d’étude les plus solides parmi dix techniques comparées. Limite : synthèse centrée sur des élèves plus âgés et des étudiants, résumé officiel consulté plutôt que l’article complet.
- Rohrer et Taylor, 2007.[4] « The shuffling of mathematics practice problems boosts learning », Instructional Science. Lien : https://digitalcommons.usf.edu/psy_facpub/1767. Montre qu’entremêler différents types de problèmes de maths donne de meilleurs résultats une semaine plus tard que les regrouper par type. Limite : étudiants adultes, pas des enfants.
- Rohrer, Dedrick, Hartwig et Cheung, 2020.[5] « A randomized controlled trial of interleaved mathematics practice », Journal of Educational Psychology. Lien : https://eric.ed.gov/?id=EJ1237752. Essai contrôlé en vraie classe montrant un net avantage de la pratique mathématique entremêlée sur la pratique groupée par type. Limite : collégiens de 12-13 ans,[5] pas des enfants de maternelle.