# Apprendre les nombres à 5 ans : est-ce que ça compte pour la suite ?

## En bref

Les enfants qui entrent à l'école avec de bonnes bases en nombres réussissent mieux en maths plusieurs années plus tard, et ce lien est plus fort que pour la lecture ou l'attention.[1]
Environ une heure de jeu de plateau numéroté, en quatre séances, a aidé des enfants de familles modestes à progresser en nombres.[4]
Jouer avec des nombres et compter à voix haute avec son enfant, souvent plutôt que longtemps, est donc une piste simple.
Ces liens restent en partie des corrélations, pas des preuves totales de cause à effet.[1]

## Les enfants qui comptent bien en maternelle réussissent-ils mieux plus tard ?

Une équipe menée par Greg Duncan a réuni six grandes études américaines et britanniques.
Elle a comparé trois types de compétences à l'entrée à l'école : les maths, la lecture et l'attention.
Les chercheurs ont neutralisé le niveau cognitif avant l'école et le milieu familial, puis regardé quel score prédisait le mieux la réussite scolaire des années plus tard.
Les compétences en maths à l'entrée de l'école sont le prédicteur le plus fort de la réussite scolaire future, devant la lecture et l'attention.[1]
Connaître les nombres et savoir les ordonner compte, pour la réussite en maths, autant que savoir lire compte pour la réussite en lecture.[1]

Un autre groupe, avec Tyler Watts, Greg Duncan, Robert Siegler et Pamela Davis-Kean, a suivi des enfants dès l'âge de 54 mois, donc avant l'entrée à l'école.[2]
Le niveau en maths mesuré à cet âge prédit encore la réussite en maths à 15 ans, même après avoir pris en compte la lecture précoce, les capacités cognitives et le milieu familial.[2]
Le résultat le plus marquant concerne la vitesse de progrès.
Un enfant qui progresse vite entre 54 mois et le CP a de meilleures chances en maths au lycée qu'un enfant qui démarre au même niveau mais progresse lentement.[2]
Le progrès compte même davantage que le niveau de départ.[2]

## Les jeux de nombres font-ils une vraie différence ?

Nancy Jordan et ses collègues ont mesuré les compétences en nombres d'enfants à six moments, du début de la grande section au milieu du CP, puis leur réussite en maths jusqu'à la fin du CE2.[3]
Le lien entre ces compétences précoces et la réussite en maths reste fort et net sur toute la période.[3]
Chez les enfants de familles modestes, qui démarrent souvent avec des compétences en nombres plus faibles, cette faiblesse de départ explique une bonne partie de leur retard et de leur progression plus lente en maths.[3]
L'étude ne dit pas que le milieu cause le retard en maths directement.
Elle montre que les deux sont liés via le niveau en nombres au départ.

Geetha Ramani et Robert Siegler ont testé une piste concrète.
Ils ont fait jouer des enfants de familles à faibles revenus, 5 ans et demi en moyenne, à un jeu de plateau aux cases numérotées.[4]
Le jeu a duré environ une heure au total.[4]
Ces enfants ont progressé sur quatre tâches : comparer deux nombres, placer un nombre sur une ligne, compter, et reconnaître les chiffres écrits.[4]
Les progrès étaient encore présents neuf semaines plus tard.[4]
Un autre groupe d'enfants a joué au même jeu, mais avec des cases de couleur sans nombre.
Ces enfants n'ont progressé sur aucune des quatre tâches.[4]
La différence vient donc des nombres sur le plateau, pas du simple fait de jouer à un jeu de société.

## Est-ce que connaître les nombres cause la réussite, ou est-ce autre chose ?

Les études de Duncan et de Jordan sont des études d'observation.
Elles mesurent des liens, pas des causes prouvées par une expérience.
Duncan et ses coauteurs le disent eux-mêmes : leurs résultats ne permettent pas d'exclure que d'autres facteurs, présents avant l'entrée à l'école, expliquent à la fois le bon niveau en maths et la réussite plus tard.[1]
L'étude de Ramani et Siegler est différente.
Elle compare deux groupes d'enfants de mêmes classes, l'un avec le jeu numéroté, l'autre avec le jeu de couleur.[4]
C'est ce type de comparaison qui permet de dire qu'un jeu précis a un effet, et pas seulement qu'il existe un lien.

## Un programme scolaire qui marche au début garde-t-il son effet ?

Pas toujours.
Drew Bailey et ses collègues ont réexaminé un programme de maths pour la maternelle qui montrait un bon effet juste après la fin du programme, effet qui diminuait ensuite.[5]
Environ 72 % de cette baisse s'explique par des différences qui existaient déjà entre les enfants avant le programme, pas par un oubli brutal des notions apprises.[5]
Un programme peut donner un coup de pouce temporaire sans empêcher les écarts de départ de revenir ensuite.
Un effet positif mesuré au départ n'assure pas un effet qui dure des années.

## Ce que ça change à la maison

Elles disent que la connaissance des nombres en maternelle est liée à la réussite en maths plus tard.[1][3]
Un jeu de plateau avec des nombres, joué en quatre séances avec un adulte, a aidé des enfants à progresser sur plusieurs tâches.[4]
Un parent qui veut faire quelque chose de simple peut jouer à des jeux de plateau avec des nombres et compter à voix haute avec son enfant, souvent plutôt que longtemps d'un coup.
Sorotama propose dix minutes par jour, à deux, autour des nombres et de leur manipulation avec un boulier.
Aucune de ces études n'a testé Sorotama. Le parcours ouvre bientôt. Laissez votre adresse ci-dessous pour être prévenu.

## Les limites de ces études

Les liens trouvés par Duncan, Watts et Jordan viennent d'études d'observation, pas d'expériences où l'on change une seule chose au hasard.[1][2][3]
Ils montrent une association forte, pas une preuve complète de cause à effet.
L'étude de Ramani et Siegler compare un groupe qui joue au jeu numéroté à un groupe qui joue au jeu de couleur, ce qui la rend plus solide sur la cause qu'une simple observation.[4]
Mais elle porte sur un jeu précis, testé sur un petit nombre d'enfants de familles modestes aux États-Unis, pendant quelques semaines.
Elle ne dit rien sur les effets au-delà de neuf semaines, ni sur d'autres façons d'apprendre les nombres.
L'étude de Bailey montre qu'un effet positif mesuré au départ peut s'atténuer avec le temps pour des raisons qui tiennent aux enfants et à leur environnement, pas seulement au programme lui-même.[5]
Aucune de ces études ne porte sur le soroban ni sur un produit numérique pour enfants.

## À lire aussi

- [Aider son enfant en maths à la maison : ce que montrent les études](/articles/aider-son-enfant-en-maths)
- [Un peu chaque jour ou tout d'un coup : que disent les études ?](/articles/pratique-espacee)
- [Comment fonctionne le boulier japonais : lire un nombre sur un soroban](/guides/lire-un-nombre)

## Les études citées

- Duncan et coll., 2007.[1] « School readiness and later achievement », Developmental Psychology. Lien : https://www.apa.org/pubs/journals/releases/dev-4361428.pdf. Montre que les compétences en maths à l'entrée de l'école prédisent le mieux la réussite scolaire plus tard, devant la lecture et l'attention. Limite : étude d'observation, le lien n'est pas une preuve complète de cause à effet.
- Watts, Duncan, Siegler et Davis-Kean, 2014.[2] « What's past is prologue », Educational Researcher. Lien : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4719158/. Montre que le niveau en maths avant l'école prédit la réussite en maths jusqu'à l'adolescence, et que la vitesse de progrès précoce compte encore plus. Limite : étude d'observation.
- Jordan et coll., 2009.[3] « Early math matters », Developmental Psychology. Lien : https://doi.org/10.1037/a0014939. Montre un lien fort entre compétence en nombres en maternelle et réussite en maths à l'école primaire, y compris pour expliquer une partie de l'écart entre enfants de milieux différents.[3] Limite : étude d'observation.
- Ramani et Siegler, 2008.[4] « Promoting broad and stable improvements in low-income children's numerical knowledge through playing number board games », Child Development. Lien : https://siegler.tc.columbia.edu/wp-content/uploads/2019/02/r-jhnsn-etal-01.pdf. Expérience avec un groupe de comparaison : un jeu de plateau numéroté améliore plusieurs compétences en nombres chez des enfants de familles modestes, effet encore présent neuf semaines après. Limite : petit échantillon, courte durée de suivi, un seul type de jeu testé.
- Bailey et coll., 2016.[5] « Fadeout in an early mathematics intervention », Developmental Psychology. Lien : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27505700. Montre qu'une bonne partie de l'atténuation de l'effet d'un programme de maths en maternelle vient de différences déjà présentes entre enfants, pas d'un simple oubli. Limite : porte sur un seul programme scolaire, pas sur l'apprentissage à la maison.

## Sources

[1] https://www.apa.org/pubs/journals/releases/dev-4361428.pdf
[2] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4719158
[3] https://doi.org/10.1037/a0014939
[4] https://siegler.tc.columbia.edu/wp-content/uploads/2019/02/r-jhnsn-etal-01.pdf
[5] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27505700
