# Aider son enfant en maths à la maison : ce que montrent les études

## En bref

Beaucoup de parents pensent que les maths sont d'abord l'affaire de l'école [1]. Des chercheurs ont pourtant mesuré l'effet de petites activités de maths à la maison. Un jeu de plateau aux cases numérotées a aidé des enfants de 4 et 5 ans [6]. Une application d'histoires chiffrées a donné un résultat que d'autres chercheurs contestent [1][2]. L'aide fréquente aux devoirs d'un parent mal à l'aise en maths va avec moins de progrès chez l'enfant [4].

## Est-ce que parler de maths à la maison change quelque chose ?

Talia Berkowitz et son équipe ont testé une application d'histoires chiffrées sur tablette avec 587 enfants de CP répartis au hasard entre un groupe maths et un groupe lecture [1]. Le groupe qui utilisait l'application de maths a progressé davantage en maths sur l'année que le groupe lecture, surtout chez les enfants dont le parent se disait habituellement mal à l'aise avec les maths [1]. Cette étude a reçu une critique publiée dans la même revue. Michael Frank a réanalysé les données et conclu que l'effet sur la performance en maths n'était pas statistiquement significatif selon sa méthode [2]. Les auteurs d'origine ont répondu qu'ils maintenaient leurs conclusions [3]. Ils ont relevé un désaccord méthodologique sur l'interprétation des interactions statistiques, pas une erreur de calcul [3]. Le débat entre les deux lectures reste ouvert. Le lire comme un résultat solide et incontesté serait inexact.

## L'aide aux devoirs aide-t-elle toujours ?

Pas nécessairement. Une méta-analyse de Nancy Hill et Diana Tyson portant sur 50 études de collégiens trouve que l'implication des parents est globalement liée à de meilleurs résultats [5]. Un point précis fait exception : l'aide directe aux devoirs présente une corrélation négative avec la réussite (r = -0,11) [5]. À l'inverse, les activités éducatives à la maison sont liées positivement aux résultats (r = 0,12) [5]. Lire des livres ensemble, aller à la bibliothèque ou au musée en font partie [5].

Ce résultat recoupe une autre étude citée plus haut sur l'anxiété mathématique. Erin Maloney et ses collègues ont montré que les enfants de parents anxieux en maths apprenaient moins sur l'année scolaire, mais seulement quand ces parents aidaient souvent aux devoirs de maths [4]. Quand l'aide était rare, l'anxiété du parent n'avait plus d'effet mesurable sur l'enfant [4]. Le problème n'est donc pas d'aider son enfant, mais la façon d'aider quand on est soi-même mal à l'aise avec la matière.

## Les jeux de société font-ils une différence mesurable ?

Geetha Ramani et Robert Siegler ont fait jouer des enfants de 4 et 5 ans issus de familles modestes à un jeu de plateau linéaire et numéroté, proche d'un jeu de l'oie [6]. Les enfants ont joué pendant quatre séances de 15 à 20 minutes [6]. Les enfants ont progressé sur quatre tâches numériques : comparer des quantités, situer un nombre sur une ligne, compter, reconnaître les chiffres [6]. Les progrès étaient encore présents neuf semaines après la fin du jeu [6]. Des enfants qui jouaient à un jeu identique mais sans les chiffres, seulement des couleurs, n'ont progressé sur aucune des quatre tâches [6]. C'est cette comparaison qui permet d'attribuer le progrès aux chiffres, pas au simple fait de jouer ensemble.

## Faut-il culpabiliser si on n'a pas le temps ?

Non. L'école fait sa part. Quelques minutes à la maison peuvent s'y ajouter. Les études citées ici portent sur des interventions courtes. Les enfants ont joué quatre séances de 15 à 20 minutes [6]. Selon ses auteurs, une histoire chiffrée par semaine suffisait déjà à mesurer un effet chez les enfants de parents anxieux. Ce résultat est contesté [1][2]. Aucune de ces études ne demande des heures. Le point commun des formats qui fonctionnent, c'est une activité structurée et courte, pas une improvisation de dernière minute sur un exercice scolaire.

## Ce que ça change à la maison

Sorotama demande au parent d'être là tous les jours, dix minutes. Or une étude a trouvé que l'aide fréquente d'un parent mal à l'aise en maths allait avec moins de progrès chez l'enfant [4]. C'est pour cela que chaque leçon a une version pour le parent, à faire seul la veille, en trois essais courts, avant de la faire avec l'enfant. Aucune étude n'a testé si cette préparation suffit. Aucune de ces études n'a testé Sorotama. Le parcours ouvre bientôt. Laissez votre adresse ci-dessous pour être prévenu.

## Les limites de ces études

L'étude de Berkowitz et coll. a fait l'objet d'un désaccord statistique publié, qui n'est pas tranché de façon définitive [2][3]. La méta-analyse de Hill et Tyson porte sur des collégiens, pas sur de jeunes enfants. L'aide aux devoirs pourrait jouer différemment à 6 ans qu'à 12 ans [5]. L'étude sur les jeux de plateau a été menée avec un petit échantillon de 88 enfants issus de familles à bas revenus [6]. Elle ne dit rien de l'effet d'un jeu de plateau chez des enfants de milieux plus favorisés sans ce point de départ. Enfin, les liens entre implication parentale et résultat de l'enfant sont en grande partie corrélationnels. Ils ne permettent pas d'exclure que des familles déjà plus à l'aise avec les maths jouent aussi plus souvent à des jeux avec des nombres ou lisent plus d'histoires chiffrées, pour des raisons qui précèdent l'activité elle-même.

## À lire aussi

- [Anxiété mathématique chez l'enfant : ce que disent les études](/articles/anxiete-mathematique)
- [Apprendre les nombres à 5 ans : est-ce que ça compte pour la suite ?](/articles/numeratie-precoce)
- [Qui fait Sorotama](/qui-fait-sorotama)

## Les études citées

- Berkowitz, Schaeffer, Maloney, Peterson, Gregor, Levine et Beilock, parue en 2015 dans *Science* [1]. Essai randomisé de 587 élèves de CP, une appli d'histoires chiffrées à la maison augmente les résultats, surtout chez les enfants de parents anxieux [1]. Limite : l'effet sur la performance a été contesté par une réanalyse publiée.
- Frank, commentaire publié en 2016 dans *Science* [2]. Réanalyse des mêmes données concluant à l'absence d'effet statistiquement significatif sur la performance en maths. Limite : désaccord méthodologique entre auteurs, non tranché.
- Berkowitz, Schaeffer, Rozek, Maloney, Levine et Beilock, réponse au commentaire publiée en 2016 dans *Science* [3]. Les auteurs maintiennent leurs conclusions initiales. Limite : réponse des mêmes auteurs, pas un arbitrage indépendant.
- Maloney, Ramirez, Gunderson, Levine et Beilock, parue en 2015 dans *Psychological Science* [4]. L'aide fréquente d'un parent anxieux aux devoirs de maths est associée à moins de progrès chez l'enfant. Limite : étude corrélationnelle, l'aide aux devoirs est déclarée par les parents.
- Hill et Tyson, parue en 2009 dans *Developmental Psychology* [5]. Méta-analyse de 50 études, l'aide directe aux devoirs est corrélée négativement aux résultats, les activités éducatives à la maison positivement [5]. Limite : porte sur des collégiens, pas sur de jeunes enfants.
- Ramani et Siegler, parue en 2008 dans *Child Development* [6]. Jeu de plateau numéroté chez des enfants de familles modestes, progrès sur quatre tâches numériques maintenus neuf semaines. Limite : petit échantillon, familles à bas revenus uniquement.

## Sources

[1] https://www.salzburgglobal.org/fileadmin/user_upload/Documents/2010-2019/2015/Session_558/Berkowitz_et_al_2015.pdf : Berkowitz, Schaeffer, Maloney, Peterson, Gregor, Levine & Beilock 2015, Science
[2] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26965619 : Frank 2016, commentaire, Science
[3] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26965620 : Berkowitz et coll. 2016, reponse au commentaire, Science
[4] https://sites.temple.edu/cognitionlearning/files/2013/09/Maloney-et-al-in-press.pdf : Maloney, Ramirez, Gunderson, Levine & Beilock 2015, Psychological Science
[5] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2782391 : Hill & Tyson 2009, Developmental Psychology
[6] https://files.eric.ed.gov/fulltext/ED528430.pdf : Siegler & Ramani, etude Ramani & Siegler 2008, Child Development
